Prix d’Excellence Nationale de la Jeunesse 2025 : Où sont les femmes ?

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Ce 10 décembre 2025, le Tchad a célébré ses jeunes talents lors de la prestigieuse cérémonie du Prix d'excellence nationale. Si la reconnaissance du mérite est une initiative saluée de tous, la liste des lauréats, exclusivement masculine, soulève une question brûlante : l'excellence tchadienne n'a-t-elle qu'un seul visage ?

La cérémonie était solennelle et l'enjeu de taille. Pour cette première édition, l'État a mis les petits plats dans les grands pour honorer ceux qui font bouger les lignes dans les domaines de l'éducation, de la recherche, du numérique, du sport, de la jeunesse et des arts.

Six noms ont été appelés sous les applaudissements. Six parcours inspirants : Issakha Habib Abrass, Idriss Mahamat Al-Habib, Casimir Betel, Mahamat Abakar, Moussa Moustapha et Djimadoum Trésor Ndon. Chacun de ces jeunes prodiges est reparti avec une enveloppe de 10 millions de FCFA, une somme destinée à encourager leurs efforts et à magnifier leur patriotisme.

Cependant, une fois les confettis retombés, un constat amer s'impose : sur la photo de famille, aucune femme.

Un miroir brisé

L'absence de la gent féminine dans ce palmarès ressemble à un acte manqué. Comme le soulignent de nombreux observateurs de la société civile : « L'excellence n'a pas de genre, mais les distinctions nationales semblent en avoir un. »

Un Prix d'excellence qui n'honore que les hommes risquent de devenir un prix incomplet, un « miroir brisé » qui ne reflète que 50 % du visage de la nation. Pourtant, les femmes tchadiennes ne sont pas spectatrices du développement ; elles en sont souvent les piliers invisibles. Elles sont soignent, éduquentes, innovantes et portent des communautés entières, excellant souvent dans un silence imposé par les normes sociales, mais bâtissant avec une efficacité redoutable.

L'invisibilité n'est pas une absence de talent

L'argument selon lequel les candidats manquaient à l'appel ne tient pas face à la réalité du terrain. Dans les mêmes catégories primées ce 10 décembre, des femmes tchadiennes brillent, parfois même au-delà des frontières, sans pour autant recevoir les lauriers nationaux.

Prenons la littérature et les arts. Une figure comme Aché Moustapha, sociologue, réalisatrice et écrivaine reconnue (auteure de Kamasutra), incarne parfaitement cette excellence intellectuelle et artistique qui fait rayonner le Tchad à l'international. Pourquoi ce type de profil semble-t-il disparaître des radars au moment des grands hommages nationaux ?

Dans le domaine de l'entrepreneuriat et de l'innovation numérique, les femmes sont tout aussi dynamiques. On pense à des entrepreneures comme Mounira Michala, Mariana Nodjimongue, dont l'engagement dans l'agro-alimentaire et la valorisation des produits locaux démontrent une résilience et une créativité qui méritent amplement d'être citées en exemple pour la jeunesse pour une célébration complète du mérite.

Ce qui manque aujourd'hui, ce n'est ni la compétence ni l'audace féminine, mais bien les mécanismes de leur reconnaissance.

Si l'objectif du Prix d'excellence nationale est de créer des modèles pour la prochaine génération, il est impératif que les jeunes filles tchadiennes puissent, elles aussi, se reconnaître sur le podium. Célébrer le mérite, c'est célébrer tous les bâtisseurs du pays, pas seulement ceux qui sont dans la lumière, mais aussi celles que l'on a trop souvent tendance à oublier.

Pour les prochaines éditions, le défi est lancé : faire en sorte que l'excellence nationale conjugue enfin le mérite au féminin comme au masculin.

 

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